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 De l'utilitarisme, De la monnaie, De Say, De Malthus et même Des Avengers

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Sacha
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MessageSujet: De l'utilitarisme, De la monnaie, De Say, De Malthus et même Des Avengers   Lun 4 Juin - 23:57

De l'utilitarisme, De la monnaie, De Say, De Malthus et même Des Avengers

Vous vous souvenez probablement d'Adam Smith, un anti-capitaliste qui a changé les choses. Dans le monde de l'économie, il y a un "avant Adam Smith" et un "après". Bien que ce dernier ait surtout rassemblé et mathématisé des idées d'autres penseurs, il a transformé l'économie en science. Tout comme l'art et la philosophie, l'économie comporte plusieurs écoles, dont chacune de celles d'aujourd'hui qui trouve leur origine dans "la richesse des nation".

Bref, après Adam Smith, 4 grands courants de pensée ont vu le jour :
+L'utilitarisme : une vision qui consiste à pensée que la meilleure façon d'agir c'est de maximiser la somme des utilités, c'est à dire la somme de bien-être de chaque individu.

+ La loi de débouché de Say, je vais en parler en parlant de Jean Baptiste Say

+Le Malthusianisme. Pareil je vais en parler en parlant de Thomas Malthus

+Le socialisme, pas tout à fait comme nous le connaissons aujourd'hui mais avec tout de même une volonté de réduire les inégalités. Ce courant s'oppose aux privilèges et aux droits de naissance, mais tente d'évaluer le mérite (qui est à mon sens, paradoxalement, une façon de justifier les inégalités).




Je reviens rapidement sur l'utilitarisme, qui n'est pas une branche importante dans l'histoire de l'économie, mais la notion d'utilité, si.

De l'utilitarisme :

Cette notion est mise en avant par un philosophe, Jeremy Bentham. L'utilité est une notion philosophique particulièrement utile en mathématique. Je m'explique.
Vous pouvez facilement dire que vous préférez avoir 500g de pâtes plutôt que 250g. C'est facile, on compare la même chose, donc la comparaison entre 500g et 250g à un sens. Mais maintenant, si vous voulez comparer 250g de pâtes avec 3 livres, la comparaison est mathématiquement absurde, on ne compare pas la même chose. Du coup, si vous pouvez acheter au même prix 3 livres ou 250g de pâtes, et que vous devez choisir soit l'un, soit l'autre, il n'y a pas de solution mathématique puisque la comparaison n'a pas de sens.

Pourtant, n'importe qui dans cette situation est capable de faire un choix, et qui plus est, un choix rationnel. Parmi les 2 alternatives, vous choisirez celle qui vous apporte le plus de "bonheur"/"bien-être". Ce "bonheur" représente un niveau de plaisir que vous obtenez à manger vos pâtes ou lire vos livres, c'est une valeur que vous accordez à chaque chose et qui vous permet de faire la comparaison d'alternatives incomparable mathématiquement (moi par exemple, je préfère jouer à la console que faire de la course à pied). On appelle utilité cette valeur intrinsèque de toute chose. Ainsi, mathématiquement, comparer l'utilité de deux alternative chez la même personne à un sens.

Ainsi, les principes micro-économiques fonctionnent en considérant l'utilité de chaque personne. Vous achèterez un produit X à 10€ si l'utilité que vous accordez à l'objet X est supérieur à l'utilité que vous accorder à 10€. De ce fait, un consommateur va chercher à maximiser son utilité, en consommant (ou non) afin d'être le "plus heureux" possible.

Le courant utilitariste consiste à penser tout simplement que la meilleure situation dans le monde, c'est quand la somme des utilités est à son maximum. Autrement dit, si vous avez un objet qui peut apporter plus de bonheur à quelqu'un d'autre qu'à vous, alors c'est mieux que ça soit l'autre qui le possède (et de même, si l'autre à une chose qui vous apporte plus de bonheur qu'à lui, alors c'est mieux que ce soit vous qui le possédiez. Chaque décision est donc un comparatif des avantages et désavantages de cette décision.

Notons tout de même que l'utilité est intrinsèque, c'est à dire qu'elle est propre à chacun. Vous n'êtes pas aussi heureux que moi de lire un agatha christie par exemple. De même, si on peut comparer l'utilité, il est difficile de la mesurer : l'utilité d'un jeux vidéo chez moi est plus grande que l'utilité de faire un footing, mais je ne pourrais dire si c'est 2 fois plus, ou 3 fois plus ou autre. La valeur de l'utilité en elle même n'a pas de sens, seul l'ordre importe. De ces deux points, on peut donc en déduire que "la somme des utilités" à maximiser n'a pas vraiment de sens rationnel, ce qui est une grande limite de l'utilitarisme. Il est toutefois important de noter que l'utilité d'un produit dont on a besoin est supérieur à l'utilité d'un produit qu'on a déjà (une voiture, c'est cool, 42 voitures, ça deviens un peu inutile). En ce sens, l'utilitarisme va dans le sens de la réduction des inégalités, bien que son but premier est indépendant de la répartition des richesses.

Une dernière chose sur l'utilitarisme, qui viens aussi un peu contredire ce que je viens d'écrire juste au dessus : L'utilité ne mesure pas que la valeur accordé aux biens matériels. Avoir un comportement moral peut aussi se mesurer par l'utilité (je préfère la satisfaction de ne pas voler plutôt que le gain de ce que je vole par exemple). Du coup, le "plaisir" de gagner beaucoup d'argent (et surtout plus que les autres) par exemple contribue à augmenter l'utilité, ce qui pourrait pousser à défendre l'inégalité des répartitions de salaires.
Notons qu'avec l'introduction de la morale dans nos calculs, les injustices peuvent vite voir le jour :
-être doté d'une forte morale nous appauvrit dans le partage des richesses (la charité rapporte en utilité), surtout vis à vis de personnes immorales
-la sensation de mérite lorsqu'on fait partie des plus riches nous encourage à chercher encore plus de richesse (car le gain est double, en richesse et en sensation de mérite).


Voilà pour l'utilité qui est une notion philosophique souvent résumée par "fonction de bonheur" même si il existe une subtile différence (Marx parle de "valeur d'usage" ce qui me parait être une meilleure définition de l'utilité).

De Jean-Baptiste Say

Laissez moi maintenant vous parler de Jean-Baptiste Say. Say est un économiste français libéral, grand partisan de la révolution française, mais également, sous certains angles, capitaliste (bien que ce terme ne soit introduit que plus tard). Il est connu pour son "Traité d'économie politique", divisé en 3 parties (production, répartition, consommation), mais surtout (et c'est de ça que je compte vous parler), pour la loi des débouché des Say (bien que ce terme soit introduit par Keynes, l'un des grands noms de l'économie. D'ailleurs si vous devez connaître 3 noms d'économistes, il faut connaître Smith, Marx et Keynes).

La loi des débouchés de Say est une idée précurseur d'un courant économique nommé "école autrichienne" (qui apparaîtra plus tard, j'en parlerais). Il s'agit d'une proposition disant que "l'offre créée sa propre demande", dans le sens où on ne vend un produit que pour acquérir un pouvoir de consommation pour un autre produit (via la monnaie).

Pour expliquer ça plus en détail, il faut d'abord comprendre ce qu'est concrètement la monnaie.
De la monnaie :

Le meilleur moyen pour comprendre ce qu'est la monnaie, c'est, je pense, de comprendre les limites d'un monde sans monnaie. Imaginons donc un monde où la monnaie n'existait pas. Pour survivre, vous avez besoin d'être compétant dans beaucoup de domaine (construire un maison, chasser, cultiver, etc). Sauf qu'on a vu, dans le topic sur Adam Smith, qu'on était plus efficace en se partageant le travail qu'en faisant tout soit même. En effet, pour chasser, vous avez besoin d'arme. Pour fabriquer des armes, vous avez besoin de matières premières et d'un savoir faire pour les assembler. Pour récupérer ce matières premières, il vous faut des outils (une hache pour le bois par exemple). Pour fabriquer ces outils, vous avez besoin d'autres matières premières. Bref, il est compliquer de s'en sortir tout seul.
Du coup, les hommes sont plus efficace s'ils s'entraident. Il va donc y avoir un échange de service entre les hommes (tu me construis une arme, et en échange, je vais chasser pour toi). Mais voilà, deux problèmes surviennent :
1/ Ce n'est pas dit que ceux qui fabrique les armes cherchent un chasseur pour chasser à leur place.
2/ Il est possible de considérer que la fabrication d'une arme soit une activité plus pénible que la chasse, donc un fabriquant d'arme préférera chasser lui même que fabriquer des armes en plus. De plus, le fabriquant d'arme peut ne pas avoir confiance puisque le chasseur rendra son service que plus tard.

Concentrons nous pour l'instant sur le second problème. Comment le résoudre? Il existe peut être plusieurs façon, mais la "solution historique" fût en quelque sorte de créer de la "reconnaissance de dette", c'est à dire que le chasseur écrit sur un bout de papier qu'il reconnaît que le fabriquant d'arme lui à rendu un service, et qu'il doit à son tour lui en rendre un. Mais voilà, il doit donc lui rendre un service de "valeur" équivalente pour être juste (si tu me construit une maison, je ne peux pas te remercier en t'offrant une carotte, le service n'est pas de même niveau).
Comment donc mettre une "valeur" sur ce service? Le plus simple est d'évaluer l'utilité de ce service (dans le sens de l'utilité dont je vous ai parlé plus haut). Alors, cette valeur d'utilité se négocie, mais dépend de ce que ça coûte au fabriquant et de ce que ça rapporte au consommateur. Le résultat sera le "prix" du service rendu. Le chasseur donnera donc au fabriquant un papier indiquant qu'il lui doit un service (ou plusieurs) du même prix que le service qu'on viens de lui rendre. Si le fabriquant d'arme à confiance en la valeur de ce papier (donc qu'il existe des règles qui obligent au chasseur à reconnaître et rembourser la dette inscrite sur ce papier), alors le second problème est réglé.

Revenons maintenant au premier problème. Ce papier (donc cette reconnaissance de dette) permet également de le régler. Prenons un autre exemple : vous êtes à l'école et vous perdez 2 billes à un pari. Vous devez donc 2 billes à votre ami. Mais coup de chance, la veille, vous aviez gagner 2 paris et vous avez deux autres amis qui vous doivent un bille chacun. Vous pouvez facilement sortir du processus en demandant à vos amis qui vous doivent des billes de les donner directement à votre créancier.
Plus précisément, si vos amis qui vous doivent des billes avaient écrit sur un papier qu'ils vous devez une bille chacun, vous aurez pu donner ces papiers à celui à qui vous devez 2 billes, pour qu'il les réclame directement au autres.
En d'autre mot, vous pouvez payer vos dettes en donnant les reconnaissances de dettes des autres. Donc si on revient à notre premier exemple, et que votre fabriquant d'arme n'a pas besoin de viande, mais d'un autre service, il pourra l'obtenir auprès d'une tierce personne en offrant non pas sa propre reconnaissance de dette, mais la votre et ça sera vous qui devrez un service à cette tierce personne.
Donc, au final, cette "reconnaissance de dette" permet également de résoudre le premier problème.

Vous l'aurez deviné, ce papier exprimant la reconnaissance de dette, c'est de la monnaie. Enfin, c'est à peut prêt de la monnaie. Pour que ce bout de papier soit de la monnaie au vrai sens du terme, il faut plusieurs règles en plus :

-La monnaie doit être divisible : si vous avez une reconnaissance de dette de valeur de 2€, vous pouvez la "diviser" en 2 reconnaissances de dette de 1€.

-La monnaie est acceptée par tous : La loi oblige tous les commerçants à accepter d'échanger leurs services contre de la monnaie. Si les 2 parties sont d'accord, on est pas obligé d'utiliser de la monnaie, mais si un seul des 2 demande que la transaction se face au moyen de monnaie, l'autre est obligé d'accepter.

-On doit avoir confiance en la monnaie : Il ne doit pas être possible de fabriquer de "fausse" reconnaissance de dette.

-La monnaie ne perd pas de valeur au cours du temps : Vous ne pouvez pas dire "oui, la reconnaissance de dette était de 2€ hier, mais aujourd'hui, ça ne vaut plus que 1€". Par exemple, si vous payez en bananes, la banane finira par moisir ou être mangée et perdre de la valeur par rapport à une nouvelle banane. Du coup, la banane ne peut pas être une monnaie.

Donc voilà, il faut bien comprendre que la monnaie est une reconnaissance de dette, même si aujourd'hui, ce n'est plus vraiment facile de le voir comme ça, en particulier à cause de la spéculation et de l'arbitrage. En effet, on a vu que la reconnaissance de dette se faisait sur la base d'une valeur "d'utilité", mais que cette utilité n'est pas parfaitement définie, ni commune pour tous, ni même fixe dans le temps. Je vous ai dit qu'un service était coûteux, mais il n'est pas coûteux pour tous de la même façon. Vous pouvez estimer que fabriquer une arme vaut 3€ et votre voisin estime que ça vaut 2€. le prix de vente se fera entre 2 et 3€. Mais un traider pourrait passer par là, acheter l'arme à 2,05€ et vous la revendre à 2,95€ (c'est ce qu'on appelle l'arbitrage), et gagner 0,90€ sans rendre de service à personne. Une autre personne pourrait acheter une arme 2€ et la revendre dans un an 3€ (parce que les matériaux coûte plus cher, qu'il y a moins de fabriquant d'arme ou d'autre raison) et donc gagner 1€ sans rendre de service à personne non plus (c'est ce qu'on appelle la spéculation). En d'autre terme, jouer sur la fluctuation de la valeur de reconnaissance des dettes est un moyen de gagner de l'argent (donc d'être créancier) sans rendre service, donc sans jouer le jeu de la monnaie et de la transaction. C'est pour ça qu'être riche ne veut pas dire avoir rendu plus de services ou des services plus coûteux. Et encore, je ne parle pas de l'exploitation (j'en parlerais quand je parlerais de Marx).


De la loi des débouchés :

Parlons maintenant de la loi des débouchés de Say. Rassurez vous, si vous avez compris la monnaie, ça sera beaucoup plus court.

On a vu que la monnaie était une reconnaissance de dette. Maintenant, pourquoi notre fabriquant d'arme fabriquerait-il des armes? Pour avoir une reconnaissance de dette? Bien sur que non, une reconnaissance de dette ne lui permettra pas de se nourrir, de se loger ou autre. En faite, la monnaie n'a qu'un seul but pour Say : être échangé (pour rappel, on est encore dans le début des sciences économiques, on est capable aujourd'hui de dire qu'accumuler de la monnaie à d'autres utilités). Notre fabriquant d'arme ne produit des armes que dans le seul but de demander un service plus tard qu'il pourra payer avec la monnaie obtenue. L'offre créé donc la demande puisque c'est parce qu'il offre un produit que le producteur (qui est aussi consommateur) se permettra de demander à un autre fabriquant un produit différent. S'il ne vend pas dans un premier temps, il n'achètera pas dans un second temps. C'est pourquoi on retrouve dans son ouvrage ce genre de discours :
Citation :
un produit terminé offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur
Citation :
le fait seul de la formation d’un produit ouvre, dès l’instant même, un débouché à d’autres produits
Citation :
l’achat d’un produit ne peut être fait qu’avec la valeur d’un autre

En faite, si la monnaie ne sert à rien (comme le pensait Say), il est inutile de la conserver. Le producteur cherchera donc à s'en défaire en devenant consommateur, d'où que le fait de vendre (l'offre) créé le besoin d'acheter (la demande).

Je précise que les termes "l'offre créé sa propre demande" ne viens pas de Say lui même, il s'agit d'un résumé post mortem de cette loi des débouchés.

Pour Say, pour "booster l'économie", il faut donc créer l'offre en subventionnant les producteurs et non les consommateurs (il ne faudrait donc pas créé de l'emploi publique, mais développer la production privée). De plus, si un secteur produit trop et n'arrive plus à vendre, il ne faut pas booster la consommation des biens surproduits de ce secteur, mais booster la créations des bien pas assez produit des autres secteurs.

Toutefois, 2 "grandes critiques" peuvent être faite :

- La première et la plus évidente est que toute sa théorie repose sur le principe que la monnaie n'a pas d'autre intérêt que d'être dépensé. Ce qui est clairement faux.  Comme je l'ai dit plus haut, on peut spéculer sur la monnaie, faire travailler l'argent, etc... Il existe tellement "d'outils de la finance" que je ne pourrais pas vous les citer tous (et personne ne le peut je pense). Say ne concevait que le marché réel (c'est à dire le fait de travailler, produire, aller faire ces courses, etc), mais tous ces outils de "financiarisation" (spéculation, placement, action, obligation etc) représentent une très grande partie de l'économie (environs 95% des transactions en 2014).

-La seconde, c'est que même si on admet que l'offre créait la demande, l'inverse peut être vrai aussi (la demande créé l'offre). D'ailleurs c'était justement l'inverse pour Keynes, mais les 2 visions ne sont pas nécessairement en opposition. Or, si Say essaie de nous convaincre que l'offre crée la demande, les déductions issus de ses travaux se basent un peut trop sur le postulat que la demande ne crée pas l'offre, ce qui est probablement une erreur.



De Malthus, l'ennemie du peuple

Thomas Malthus est un contemporain de Jean-Baptiste Say. Il s'agit d'un prêtre anglican mais également d'un économiste ayant créé un courant politique plutôt opposé à celui de Say. Ce courant se base avant tout sur l'observation de l'évolution de la démographie, une évolution géométrique, et celui de la production, une évolution arithmétique.

Bon j'en suis conscient, je viens d'utiliser deux mots mathématiques. Ces mots permettent d'avoir un ordre d'idée de l'importance de la croissance :
+Une suite arithmétique de raison 2 et de premier terme 1 évolue comme ça : 1-3-5-7-9-11-13-15-17-19-21-23-...
+Une suite géométrique de raison 2 et de premier terme 1 évolue comme ça : 1-2-4-8-16-32-64-128-256-512-1024-2048...

Donc Malthus observait que plus on était nombreux, plus on produisait, mais on produisait beaucoup moins vite qu'on devenait nombreux.
Si à une époque, on a 4 morceaux de pain à partager entre 4 personnes, la génération suivante aura 5 morceau de pain à se partager entre 8 personnes, donc beaucoup moins. Autrement dit, à la génération suivante, même si on a plus de pains, on s'appauvrit.
Malthus arrivait donc à la conclusion suivante : à moins qu'il y ait une guerre ou une vague de maladie, la famine arrivera à long terme. La paix, le progrès de la médecine, la charité, et tous ce qui conduit à nous faire vivre plus, nous amène inévitablement à la pauvreté et à générer la famine (la paupérisation).

Quelle solution proposait-il? Tout simplement de laisser mourir les pauvres qui appauvrissent la communauté sans lui être utile, ce qui lui vaudra le surnom d'ennemie du peuple (que Marx lui donnera).
Paradoxe s'il en est, il était chargé en tant que pasteur de l'aide aux pauvres et défendait la justice sociale dans les années 1790, mais la lecture d'un ouvrage de son mentor Godwin (un socialiste, vous savez le 4ème courant post Smith que j'ai décrit plus haut), il observa une différence tellement importante entre les théories socialistes et la réalité qu'il observait qu'il changea complètement d'avis et revisita radicalement son analyse.

Mais, vous allez me dire que "laisser mourir les pauvres", c'est un peu radicale. N'y a-t-il pas d'autres moyens? Et vous avez raison. La politique de Malthus consiste à faire un impôt sur l'enfant et offrir des cadeaux aux couples sans enfants pour encourager la "non-reproduction". Notons toutefois qu'en tant que prêtre, Malthus était opposé aux méthodes de contraception, qui étaient déjà utilisées à l'époque, mais principalement chez les riches.
Toutefois, ce n'est pas seulement un manque de moyen et de connaissance qui faisait que les pauvres ne l'utilisaient pas. Mais faisons une petite parenthèse pour comprendre cela :

Il arrive un moment dans la vie où l'être humain ne peut plus travailler (accident, maladie, vieillesse). Si cette personne est riche, pas de soucis, elle peut facilement finir sa vie sur les ressources qu'elle a accumulé jusqu'à présent. Mais si ce n'est pas le cas, alors il lui faut une personne pour s'occuper d'elle. Et cette personne (ou ces personnes), ce sont les enfants. Donc pour survivre, les pauvres ont intérêt à avoir le plus d'enfants possible (et encore plus s'il y a un fort taux de mortalité infantile), ce qui les rend encore plus pauvre puisqu'il y a plus de bouche à nourrir. Un cercle vicieux puisqu'on est pauvre parce qu'on a des enfants, et on a des enfants parce qu'on est pauvre.
Autrement dit, les enfants sont des "plans retraites" dont on ne peut pas se passer pour "un impôt ou un cadeau". Il est difficile d'inverser la croissance démographique sans un bon plan retraite/santé pour les pauvres (c'est d'ailleurs probablement une des raisons qui fait que l’Afrique n'a pas encore entamé sa transition démographique). Donc plus on laissera mourir les pauvres, plus ils feront d'enfant pour survivre, et cette solution ne marchera pas.

Les crises viennent donc, d'après Malthus, du combat contre la "sélection naturelle" des maladies, de la famine et de la guerre. Et en ce sens, nous sommes en totale opposition avec la loi des débouchés de Say qui prétend qu'il suffit de "booster un peu l'offre" pour que la croissance de la production passe d'une évolution arithmétique à géométrique et détruise le postulat de départ. Quand Say prétend qu'il ne peut exister une crise générale (elle est toujours sur un secteur en surproduction par rapport aux autres), Malthus, lui, prétend que non seulement elle existe, mais qu'avec l'évolution du progrès, elle est inévitable.


Mais qui de Say ou Malthus avait raison? Bien qu'on ait vu des critiques sur le modèle de Say, si on observe les chiffres :
1/ Au moment de l'étude de Malthus, il y avait effectivement une croissance démographique beaucoup plus forte que la production
2/ Depuis son ouvrage, cette tendance c'était inversée (sauf en chine, le seul endroit où on trouve encore une politique Malthusienne).

Alors Say avait-il raison? Et ben pas du tout, on a là affaire à une grande coïncidence.  Durant l'ouvrage de Malthus (et après), il y a eu plusieurs événement qui ont eu lieu en même temps :
+La transition démographique à eu lieu durant l'écriture de son ouvrage. Donc moins de naissance.
+L'immigration, notamment vers le nouveau continent, permet de fortement diminuer la population européenne (en particulier britannique, irlandaise et belge)
+Le développement technologique, d'abord par la vapeur, puis plus tard par les énergies fossiles permet de considérablement augmenter la productivité, en diminuant les coût qui plus est.

Ces phénomènes viennent perturber les équations de Malthus et détruisent donc sa théorie. C'est pourquoi il fût beaucoup critiqué ... jusqu'à aujourd'hui.


En effet, si ces phénomènes nous ont sauvé la mise jusqu'à aujourd'hui, on en voit maintenant les limites. Notre planète est finie, il y a un moment où il n'y a plus de lieu où immigrer. Et surtout, nos ressources sont finies également. On est tellement gourmand et dépendant de ces énergies qu'on consomme en 7 mois ce que la terre est capable de produire en 12 (sans compter les énergies fossiles qui mettrons des millénaires à revenir). Qui plus est, on est de grands pollueurs, ce qui réduit nos espaces cultivables, la biodiversité qui nous nourrit et même notre espace habitable. Si bien que le problème souligné par Malthus, qui fût longtemps critiqué, revient frapper à notre porte aujourd'hui, à cause de notre irresponsabilité.

D'ailleurs, même si Malthus n'est pas directement cité, ses théories se retrouvent aujourd'hui dans la pop culture.
Vous l'aurez deviné, je parle du film "Infinity War" des Avengers. Comme le films est récent, je mets la suite en spoiler.
Spoiler:
 

Donc voila, une vision plutôt pessimiste du monde, et pourtant, ça va s'empirer, les inégalités vont croître car on laissera les "capitalistes" prendre des décisions politiques, ce qui aggravera les choses, mais ça c'est une autre histoire. Ce qui est le plus pessimiste dans la théorie de Malthus, c'est que c'est dû à un phénomène naturel, alors que les erreurs qu'on fera plus tard (et qui augmenteront les inégalités) sont des erreurs humaines.

Notons que Malthus a eu une correspondance avec David Ricardo, le prochain économiste dont je compte vous parler.





En résumé :
-L'utilité est une "valeur d'usage" de toute chose. C'est un concept philosophique intrinsèque qui permet de comparer les biens et services entre eux pour une même personne.
-La monnaie est en premier lieu une "reconnaissance de dette" à hauteur d'une valeur d'usage. Les instruments financiers permettent d'en faire beaucoup plus qu'un simple outils de transaction.
-Pour Say, produire est une condition pour consommer. Si on doit relancer l'économie, on doit favoriser la production. Mais ça reste une théorie peu crédible (incomplète ou fausse).
-Pour Malthus, on produit moins vite que la croissance démographique, ce qui conduit inévitablement à la guerre ou la famine. Partisan du "laisser mourir les pauvres", il s'agit d'une solution non seulement immorale mais également probablement inefficace (au contraire, les plans sociaux et la lutte contre les inégalités pourraient limiter la croissance démographique). Un problème longtemps ignoré mais qui revient aujourd'hui.
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Conan-Fab
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MessageSujet: Re: De l'utilitarisme, De la monnaie, De Say, De Malthus et même Des Avengers   Ven 8 Juin - 18:07

J'aime bien cette rubrique, c'est complémentaire à mes anciens cours de SES.
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Sacha
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MessageSujet: Re: De l'utilitarisme, De la monnaie, De Say, De Malthus et même Des Avengers   Ven 8 Juin - 18:51

Merci ^^
J'hésite à en faire des vidéo youtube, mais ça va me demander plus de travail encore et donc plus de temps
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MessageSujet: Re: De l'utilitarisme, De la monnaie, De Say, De Malthus et même Des Avengers   Sam 16 Juin - 23:33

C'était très intéressant et très compréhensible, j'ai adorée ! Yukiko 1
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MessageSujet: Re: De l'utilitarisme, De la monnaie, De Say, De Malthus et même Des Avengers   Dim 17 Juin - 0:41

Déjà, félicitations pour ce billet qui est très clair ! Ensuite, quelques remarques pour chipoter (et plus).

Pour l'utilitarisme, je rajoute juste sur le fait que tu mentionnes l'expression de "fonction du bonheur" qu'elle se décompose plus largement en a) la maximalisation du bien-être et b) la minimisation de la souffrance. Je dis surtout cela parce qu'il existe quelques sous-branches de l'utilitarisme et dans la tête de Bentham, on ne parle que du plaisir et pas encore du bonheur (ce qu'apporte Mill, son disciple, par la suite).

Citation :
- La première et la plus évidente est que toute sa théorie repose sur le principe que la monnaie n'a pas d'autre intérêt que d'être dépensé. Ce qui est clairement faux.  Comme je l'ai dit plus haut, on peut spéculer sur la monnaie, faire travailler l'argent, etc... Il existe tellement "d'outils de la finance" que je ne pourrais pas vous les citer tous (et personne ne le peut je pense). Say ne concevait que le marché réel (c'est à dire le fait de travailler, produire, aller faire ces courses, etc), mais tous ces outils de "financiarisation" (spéculation, placement, action, obligation etc) représentent une très grande partie de l'économie (environs 95% des transactions en 2014).
Oui et non. Say reconnaît, comme tous ceux qui ont lu Hume, que la circulation de la monnaie peut avoir un impact à court-terme qui est non-incluse dans l'économie de l'offre. Il écrit en particulier qu'une « monnaie plus abondante favorise toutes les ventes et la reproduction de nouvelles valeurs. »

Citation :
Or, si Say essaie de nous convaincre que l'offre crée la demande, les déductions issus de ses travaux se basent un peut trop sur le postulat que la demande ne crée pas l'offre, ce qui est probablement une erreur.
Certes, mais tu as sans doute un réflexe trop keynésien, tout comme un grand nombre de professeurs d'économie. La loi des débouchés est assez vulgairement traité, comme si Keynes a objecté de manière très absolue cette thèse. Or, il convient tout de même de dire que Say a modélisé assez justement une tendance, bien qu'il ait éludé quelques facteurs qui freinent celle-ci.

En particulier, Say s'intéressait plus à la stagnation du commerce au plein-emploi (une grossière simplification de Keynes). Say présente la problématique à Malthus en ces mots :

« Ce qui retient mon attention, c'est de savoir à quoi est dû l'encombrement général de tous les marchés mondiaux, sur lesquels les marchandises arrivent sans cesse pour être vendues à perte ? D'où vient le fait que dans tous les pays, où on fait des efforts pour développer l'activité industrielle, il y a des difficultés à trouver un emploi ? Et si la cause de cette maladie chronique est découverte, quels sont les moyens de la guérir ? Ce sont des questions dont dépendent le bonheur et la stabilité des pays. C'est pourquoi je suis convaincu qu'une discussion qui vise à élucider ces questions doit retenir votre attention, et celle du public éclairé. »

Citation :
Durant l'ouvrage de Malthus (et après), il y a eu plusieurs événement qui ont eu lieu en même temps :
+La transition démographique à eu lieu durant l'écriture de son ouvrage. Donc moins de naissance.
+L'immigration, notamment vers le nouveau continent, permet de fortement diminuer la population européenne (en particulier britannique, irlandaise et belge)
+Le développement technologique, d'abord par la vapeur, puis plus tard par les énergies fossiles permet de considérablement augmenter la productivité, en diminuant les coût qui plus est.
C'est sans doute la grosse erreur de Malthus. Il n'a absolument rien vu des changements de son temps. Déjà, il n'a aucun notion réelle démographique. On sait que c'est la proportion de femmes en âge d'avoir des enfants qui est intéressante, ce que ne prend pas vraiment en compte Malthus.

Tu l'as dit, il élude les progrès techno-économiques, mais aussi les progrès médicaux. Tu parles à juste titre de la transition démographique, or Malthus analyse ça au travers de son prisme de « retenue morale » (si la population baisse, c'est grâce à une bonne morale ; si la population augmente, c'est parce que les gens vivent dans la misère et le vice => un peu simpliste, non ?). Mais cette logique ne prend absolument pas en compte les variations effectives, ni les variations concevables de la population. C'est un modèle qui marche, mais qui doit marcher, justement parce qu'elle dit des choses vraies, en vertu de ses propres termes. En fait, la théorie de population de Malthus est une tautologie, non une théorie.

Citation :
En effet, si ces phénomènes nous ont sauvé la mise jusqu'à aujourd'hui, on en voit maintenant les limites. Notre planète est finie, il y a un moment où il n'y a plus de lieu où immigrer. Et surtout, nos ressources sont finies également. On est tellement gourmand et dépendant de ces énergies qu'on consomme en 7 mois ce que la terre est capable de produire en 12 (sans compter les énergies fossiles qui mettrons des millénaires à revenir). Qui plus est, on est de grands pollueurs, ce qui réduit nos espaces cultivables, la biodiversité qui nous nourrit et même notre espace habitable. Si bien que le problème souligné par Malthus, qui fût longtemps critiqué, revient frapper à notre porte aujourd'hui, à cause de notre irresponsabilité.
Oui, mais aujourd'hui, la question n'est plus portée sur la croissance démographique. On préfère se focaliser sur les modèles de production et les modalités d'acheminement des produits vers les consommateurs. Je cite le Global Environment Outlook de 2008 :

« Si la globalisation est gérée de manière à optimiser les opportunités - accroître les forces qui fournissent de l'alimentation aux mal-nourris et de l'eau potable à des millions de personnes, éviter les tendances à l'exclusion économique et sociale -, elle deviendra une force majeure d'un développement durable à l'échelle mondiale. »

En fait, de manière générale, ça n'est pas le point le plus essentiel qu'on retient de Malthus, même si c'est celui qu'on présente le plus, parce que c'est le moins technique. En vérité, on préfère aujourd'hui se concentrer sur le fait que l'interventionnisme de l'État est légitime en situation de sous-emploi (« les emprunts fais par le gouvernement transforment le capital en revenu, et ils augmentent la demande en même temps qu'ils diminuent d'abord les moyens de l'offre » et « si quelques-uns des gouvernements des principaux États dépensaient les taxes qu'ils prélèvent de manière à créer une demande de travail et de marchandises plus forte et plus stable que celle des particuliers qui sont aujourd'hui en possession de ce revenu, et si, de plus, cette différence de dépense était de nature à durer quelque temps, les effets causés par la transition de la guerre à la paix ne se prolongeraient pas ») ;

D'où la grande question de l'équivalence ricardienne (qu'un gouvernement finance ses dépenses par l'impôt ou par l'emprunt, le niveau total de la demande dans l'économie ne change pas), mais on sort du cadre du sujet.
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Sacha
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MessageSujet: Re: De l'utilitarisme, De la monnaie, De Say, De Malthus et même Des Avengers   Dim 17 Juin - 17:45

MeitanteiEdogawa a écrit:
Déjà, félicitations pour ce billet qui est très clair !
Merci ^^

MeitanteiEdogawa a écrit:

Pour l'utilitarisme, je rajoute juste sur le fait que tu mentionnes l'expression de "fonction du bonheur" qu'elle se décompose plus largement en a) la maximalisation du bien-être et b) la minimisation de la souffrance. Je dis surtout cela parce qu'il existe quelques sous-branches de l'utilitarisme et dans la tête de Bentham, on ne parle que du plaisir et pas encore du bonheur (ce qu'apporte Mill, son disciple, par la suite).
Oui, en effet, je ne suis pas vraiment rentré dans le détail, j'avais peur que ce soit déjà long et je voulais surtout faire passer la notion philosophique de l'utilité. Mais en effet, l'approche qu'on a du "gain" et de la "perte" est très différente. On est largement plus prêt par exemple à prendre des risque quand c'est un gain qui est en jeu que quand c'est une perte (par exemple, dans le cas où soit on gagne 50€ soit on a une chance sur deux de gagner 100€, 0€ sinon, on a plus tendance à se laisser tenter par le 100€ que si la consigne était "soit on pert 50€, soit on a une chance sur 2 de perdre 100€). Cet opposition entre "bien-être" et souffrance est de la même façon une notion de "gain/perte".

C'est vrai aussi qu'il existe une différence entre le bonheur et le plaisir, je suis d'accord avec toi. Mais cette notion d'utilité est, en faite, ni totalement l'un, ni totalement l'autre. C'est juste une notion philosophique intrinsèque qui se définie par l'explication les choix d'un individu, donc finalement, concrètement, l'utilité est différente chez chaque personne et ne peut ni se résumer à du plaisir, ni du bonheur. Je pense qu'on utilise ces mots parce que, pour résumer l'utilité en un seul mot, c'est ces mots là qui s'en rapproche le plus.

MeitanteiEdogawa a écrit:

Citation :
- La première et la plus évidente est que toute sa théorie repose sur le principe que la monnaie n'a pas d'autre intérêt que d'être dépensé. Ce qui est clairement faux.  Comme je l'ai dit plus haut, on peut spéculer sur la monnaie, faire travailler l'argent, etc... Il existe tellement "d'outils de la finance" que je ne pourrais pas vous les citer tous (et personne ne le peut je pense). Say ne concevait que le marché réel (c'est à dire le fait de travailler, produire, aller faire ces courses, etc), mais tous ces outils de "financiarisation" (spéculation, placement, action, obligation etc) représentent une très grande partie de l'économie (environs 95% des transactions en 2014).
Oui et non. Say reconnaît, comme tous ceux qui ont lu Hume, que la circulation de la monnaie peut avoir un impact à court-terme qui est non-incluse dans l'économie de l'offre. Il écrit en particulier qu'une « monnaie plus abondante favorise toutes les ventes et la reproduction de nouvelles valeurs. »
Je suis d'accord, mais ce n'est pas ça que j'ai voulu dire. Say prétend que l'unique but de la monnaie est d'être dépensé, et que personne ne garderait un stock de monnaie dans le seul but de garder un stock de monnaie. Je ne sais pas s'il était conscient où non du pouvoir de gagner de l'argent par l'épargne, mais ça ne figure pas dans ses théories.
Ensuite, il est conscient que plus l'argent tourne vite, plus le pays est riche, c'est un successeur de Smith. Mais pour lui, "monnaie plus abondante" signifie production pour récupérer cette monnaie, et non monnaie par l'intérêt des prêt.


MeitanteiEdogawa a écrit:

Citation :
Or, si Say essaie de nous convaincre que l'offre crée la demande, les déductions issus de ses travaux se basent un peut trop sur le postulat que la demande ne crée pas l'offre, ce qui est probablement une erreur.
Certes, mais tu as sans doute un réflexe trop keynésien, tout comme un grand nombre de professeurs d'économie. La loi des débouchés est assez vulgairement traité, comme si Keynes a objecté de manière très absolue cette thèse. Or, il convient tout de même de dire que Say a modélisé assez justement une tendance, bien qu'il ait éludé quelques facteurs qui freinent celle-ci.

En particulier, Say s'intéressait plus à la stagnation du commerce au plein-emploi (une grossière simplification de Keynes). Say présente la problématique à Malthus en ces mots :

« Ce qui retient mon attention, c'est de savoir à quoi est dû l'encombrement général de tous les marchés mondiaux, sur lesquels les marchandises arrivent sans cesse pour être vendues à perte ? D'où vient le fait que dans tous les pays, où on fait des efforts pour développer l'activité industrielle, il y a des difficultés à trouver un emploi ? Et si la cause de cette maladie chronique est découverte, quels sont les moyens de la guérir ? Ce sont des questions dont dépendent le bonheur et la stabilité des pays. C'est pourquoi je suis convaincu qu'une discussion qui vise à élucider ces questions doit retenir votre attention, et celle du public éclairé. »
Alors effectivement, je ne suis probablement pas le plus objectif concernant Keynes ^^ J'essayerais toutefois d'exprimer les limites de la politique Keynésienne quand je traiterais le sujet. Mais fondamentalement, je crois en effet plus à l'économie de la demande qu'à celle de l'offre. Toutefois, je vais défendre Keynes sur cette ligne qui a résumé un peu vite les travaux de Say, mais il s’adressait à un publique averti, et les reproche qu'il lui a fait ne sont pas moins pertinente. Elle demande juste un connaissance de Say pour être mieux comprise.

Mais le fait que "l'offre crée la demande" n'exclut pas le fait que "la demande crée l'offre". Si on se pose la question, c'est surtout pour savoir s'il vaut mieux une politique austère ou de relance. Mais croire en une des deux théories ne signifie pas nécessairement rejeter l'autre. Or, je pense que c'est une confusion qui a un peu trop été faite par la suite (pas par Say nécessairement, je pense surtout au courant de l'école autrichienne et aux politiques basées sur celle-ci).


Je n'ai effectivement pas traité tous le travail de Say, seulement "sa loi des débouchés". J'y reviendrais peut-être quand je parlerais de l'école autrichienne, je ne sais pas.

Toutefois, s'il y a bien une grande erreur qu'on peut reprocher aujourd'hui à Say (et c'est un point qui tache pas mal de ses visions et théories), c'est d'avoir considéré que les ressources naturelles étaient inépuisable.

MeitanteiEdogawa a écrit:

Citation :
Durant l'ouvrage de Malthus (et après), il y a eu plusieurs événement qui ont eu lieu en même temps :
+La transition démographique à eu lieu durant l'écriture de son ouvrage. Donc moins de naissance.
+L'immigration, notamment vers le nouveau continent, permet de fortement diminuer la population européenne (en particulier britannique, irlandaise et belge)
+Le développement technologique, d'abord par la vapeur, puis plus tard par les énergies fossiles permet de considérablement augmenter la productivité, en diminuant les coût qui plus est.
C'est sans doute la grosse erreur de Malthus. Il n'a absolument rien vu des changements de son temps. Déjà, il n'a aucun notion réelle démographique. On sait que c'est la proportion de femmes en âge d'avoir des enfants qui est intéressante, ce que ne prend pas vraiment en compte Malthus.

Tu l'as dit, il élude les progrès techno-économiques, mais aussi les progrès médicaux. Tu parles à juste titre de la transition démographique, or Malthus analyse ça au travers de son prisme de « retenue morale » (si la population baisse, c'est grâce à une bonne morale ; si la population augmente, c'est parce que les gens vivent dans la misère et le vice => un peu simpliste, non ?). Mais cette logique ne prend absolument pas en compte les variations effectives, ni les variations concevables de la population. C'est un modèle qui marche, mais qui doit marcher, justement parce qu'elle dit des choses vraies, en vertu de ses propres termes. En fait, la théorie de population de Malthus est une tautologie, non une théorie.
Wep, on est d'accord. Et encore, je ne suis pas certain qu'il était conscient du "besoin des pauvres" d'avoir des enfants. Il l'a peut être juste admit parce qu'il l'a observé. Pas étonnant que les politiques Malthusiennes ont plus pris chez les riches XD .

MeitanteiEdogawa a écrit:

Citation :
En effet, si ces phénomènes nous ont sauvé la mise jusqu'à aujourd'hui, on en voit maintenant les limites. Notre planète est finie, il y a un moment où il n'y a plus de lieu où immigrer. Et surtout, nos ressources sont finies également. On est tellement gourmand et dépendant de ces énergies qu'on consomme en 7 mois ce que la terre est capable de produire en 12 (sans compter les énergies fossiles qui mettrons des millénaires à revenir). Qui plus est, on est de grands pollueurs, ce qui réduit nos espaces cultivables, la biodiversité qui nous nourrit et même notre espace habitable. Si bien que le problème souligné par Malthus, qui fût longtemps critiqué, revient frapper à notre porte aujourd'hui, à cause de notre irresponsabilité.
Oui, mais aujourd'hui, la question n'est plus portée sur la croissance démographique. On préfère se focaliser sur les modèles de production et les modalités d'acheminement des produits vers les consommateurs. Je cite le Global Environment Outlook de 2008 :

« Si la globalisation est gérée de manière à optimiser les opportunités - accroître les forces qui fournissent de l'alimentation aux mal-nourris et de l'eau potable à des millions de personnes, éviter les tendances à l'exclusion économique et sociale -, elle deviendra une force majeure d'un développement durable à l'échelle mondiale. »

En fait, de manière générale, ça n'est pas le point le plus essentiel qu'on retient de Malthus, même si c'est celui qu'on présente le plus, parce que c'est le moins technique. En vérité, on préfère aujourd'hui se concentrer sur le fait que l'interventionnisme de l'État est légitime en situation de sous-emploi (« les emprunts fais par le gouvernement transforment le capital en revenu, et ils augmentent la demande en même temps qu'ils diminuent d'abord les moyens de l'offre » et « si quelques-uns des gouvernements des principaux États dépensaient les taxes qu'ils prélèvent de manière à créer une demande de travail et de marchandises plus forte et plus stable que celle des particuliers qui sont aujourd'hui en possession de ce revenu, et si, de plus, cette différence de dépense était de nature à durer quelque temps, les effets causés par la transition de la guerre à la paix ne se prolongeraient pas ») ;
Je ne suis pas d'accord, le problème démographique de la planète est aujourd'hui beaucoup abordé. Peut être moins sous sa forme économique, mais toujours en lien avec l'économie. Et je trouve ça bien qu'on se concentre sur les 2.

Le reste des travaux de Malthus sont plus technique et pas réellement enrichissant aujourd'hui, puisque Keynes est allé plus loin. Si on veut être très technique, ça peut être intéressant, mais je pense que comprendre Keynes est suffisant pour se passer du reste de Malthus et comprendre quand même le monde économique d'aujourd'hui.

C'est un choix que j'ai fait, mais si tu veux développer cet aspect, c'est avec plaisir ^^ (je le dis ici, mais si vous voulez faire vos propres ajouts à un topic ou même votre propre topic, c'est avec plaisir ^^)


MeitanteiEdogawa a écrit:

D'où la grande question de l'équivalence ricardienne (qu'un gouvernement finance ses dépenses par l'impôt ou par l'emprunt, le niveau total de la demande dans l'économie ne change pas), mais on sort du cadre du sujet.
Je pense que mon prochain sujet sera Ricardo (ou la dette), tu me motives pour m'y mettre ^^
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MessageSujet: Re: De l'utilitarisme, De la monnaie, De Say, De Malthus et même Des Avengers   

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